Être femme en Haïti : au-delà des clichés !

La perception est une éternelle bagarre entre l’œil et l’esprit : les yeux croient ce qu’ils voient,
l’esprit voit ce qu’il croit, disait Robert Brault. La place octroyée à la femme dans notre société
est issue de la perception que l’on a d’elle. Une perception basée sur l’esprit et les yeux, nourrie
au fil du temps par nous-mêmes, hommes et femmes, par notre socialisation et notre formation. Il y a une perception collective de la femme, une perception octroyée dès la plus tendre enfance.
Que vous soyez homme ou femme, on vous l’a sûrement dit et cela devient norme, que la femme
est un être qui a besoin d’être protégé, qui est peut-être intelligent mais qui se laisse dominer par
ses hormones donc pas digne de diriger ou d’occuper un poste haut gradé e t dont la place est à la
maison.
Ayant cette auto-perception négative, la femme se complaît dans la place assignée : elle se
montre fragile comme de la porcelaine, se laisse protéger et trouve anormal quand elles ne l’est
pas, a hâte de se marier et de s’occuper de ses enfants sans autre ambition. L’éducation en est
pour beaucoup. Ce serait mal vu par certaines filles de leur dire que le mariage n’est pas une fin
en soi mais peut-être une étape, je dis bien peut-être, et que la vie ne s’arrête pas avec le mariage
ou des enfants une fois que l’on a une perspective.
La perception de l’homme est en pleine effervescence quand il croise une femme qui sort du
cliché, de la perception qu’il avait de la femme. L’éducation qu’il a reçu depuis son enfance face
à la formation -le plus souvent universitaire – qui ne représente pas le même schéma de pensée,
s’entrechoquent alors: où se positionner par rapport à quelque chose qu’il a toujours cru et une
réalité loin de tout ce qu’il a pu croire jusque-là. Ce qui donne des remarques du genre : « tu es
comme un homme », « tu as l’intelligence d’un homme », « tu es un garçon manqué », « tu as été
élevé au milieu de beaucoup d’hommes ? », « pour une femme tu es plutôt intelligente » etc.
Comme quoi, l’intelligence est plutôt une affaire d’hommes et le fait qu’une femme puisse l’être
revient à dire qu’elle a forcément quelque chose de masculin. Ce qui fait qu’il est impossible
qu’on oublie notre statut de femme puisqu’on nous le rappelle a à chaque instant : les regards
pleins de désir, les commentaires salaces, les paroles qui rappellent notre statut de femme (…),
les suggestions que tu serais un homme… quand tu es juste une personne qui réalise quelque
chose d’extraordinaire. Pourquoi donner un sexe à l’intelligence ?

Beaucoup d’hommes se sentent menacés par les femmes intelligentes ou celles qui font tout leur
possible pour réussir. Certains hommes voient rouge quand on leur tient tête, quand on peut
débattre avec eux. C’est pour ça que les femmes doivent être prudentes dans le choix de leur
partenaire. Par exemple, un mec a fait remarquer à sa copine ce qui suit, suite au point de vue de
la femme dans une discussion: « kounya fanm yo twò eklere, lontan nou pat menm konn al lekòl
alewè pou inivèsite, nou vin twòp pou moun kounya etc ». Des propos qu’il voulait rabaissants et
qui prouvent qu’il se sent menacé, irrité, dérangé par la formation de la femme. « Ouiiii! On est
sorti du joug de l’insignifiance où vous avez tout fait pour nous garder, oui, on sort du cliché, on
commence à être éclairée parce qu’on sort de la caverne », c’est ce que je lui aurais répondu, moi.
Les yeux de l’homme ont toujours vu la femme comme son éducation le lui a fait croire et là, son
esprit veut croire ce qu’il voit désormais et c’est un duel.
Cependant, au-delà de ces clichés, la femme reste la femme, comme je pourrais dire en créole
« Fanm » c’est-à-dire quelqu’un qui a de multiples potentialités et qui, dans le plus grand nombre
des cas, ne s’en rend pas compte et ne les exploite pas, quelqu’un avec toute la force qu’un être
humain puisse contenir. Il y a le problème de la perception qui ronge, qui nous fait douter et
s’érige en barrière que certaines femmes surmontent alors que d’autres hésitent encore, en se
disant que ce serait mal vu de renverser l’ordre des choses, d’oser, de s’affirmer, d’agir au lieu de
subir, de montrer de quoi sont capables les femmes, de sortir du cliché en somme.
Au-delà des clichés, les femmes voudraient qu’on ne les voit pas à travers leurs vagins, elles
voudraient pouvoir s’éduquer en toute quiétude et être utile à elle-même et à la société, elles
voudraient poursuivre leurs rêves sans se voir barrer la route sous prétexte qu’elles sont femmes,
au-delà des clichés il y a des mères qui élèvent leurs filles en être humain pas en femme soumise
pour plaire aux hommes, au-delà des clichés il y a l’être sublime et extraordinaire qu’est la
Femme !

Rodeline DOLY,
Présidente de l’Organisation pour l’Emancipation des Femmes à travers l’Education (OEFE)
Étudiante en Sociologie et en Sciences juridiques

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s